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Critique De Hobbes Et Fondement De La Morale Chez Cudworth

  • Yves Charles Zarka
Chapter
Part of the International Archives of the History of Ideas / Archives Internationales d’Histoire des Idées book series (ARCH, volume 150)

Résumé

L’opposition des penseurs de Cambridge, en particulier Henry More1 et Ralph Cudworth,2 à Hobbes est explicite et radicale. Elle affecte, en effet, non seulement les principes du système — l’ontologie, la gnoséologie, la théologie, l’éthique et la politique — mais se développe également sur des points plus particuliers comme le statut des esprits, la conception de la sorcellerie, le sort de l’âme après la mort, la doctrine de la Trinité, etc. Une opposition aussi systématique à Hobbes n’est pas sans incidence sur la formation même des positions des penseurs de Cambridge. Ainsi ne peut-on qu’approuver John Tulloch, lorsqu’il écrit:

Alors que le platonisme peut être considéré comme l’origine du mouvement [des penseurs de Cambridge], le hobbisme lui fournissait les moyens de rassembler ses pensées et de leur donner une orientation dogmatique. Alors que le premier a eu une influence positive sur la formation de l’École, le second a eu une influence négative.3

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Notes

  1. 1.
    En particulier, An Antidote against Atheis. (1653); The Immortality of the Sou. (1659), edité et introduit par A. Jacob, Martinus Nijhoff, 1987; et Divine Dialogue. (1668).Google Scholar
  2. 2.
    En particulier, T.1. S. U. ainsi que T. E.1. M. et T.F. Les traductions des textes de Cudworth sont réalisées par nous.Google Scholar
  3. 3.
    John Tulloch, Rational Theology and Christian Philosophy in England in the Seventeenth Centur., 1874, réimpression avec une introduction nouvelle de G. A. J. Rogers, (Bristol: Thoemmes Press, 1993), Vol. II, p. 26. Cf. aussi, \Google Scholar
  4. 3a.
    Samuel I. Mintz, The Hunting of Leviatha., (Cambridge: Cambridge University Press, 1970), les chapitres IV, V et VI de cet ouvrage sont particulièrement utiles pour apprécier historiquement la réaction des penseurs de Cambridge aux implications de la pensées de Hobbes. Sur Cudworth, on consultera également avec profit l’importante thèse de Jean-Louis Breteau, Ralph Cudworth: Le penseu., soutenue à l’Université de Paris III en 1987, non encore publiée.Google Scholar
  5. 4.
    Ce point est à noter dans le contexte des réactions à la pensée de Hobbes. Cette lecture attentive de Hobbes expliquera la force des critiques que More et Cudworth lui adresseront.Google Scholar
  6. 5.
    Dans sa belle étude, “Sur les premières apparitions du mot ‘matérialiste”’, in Raison présent., n°47, 1978, pp. 3–16, Olivier Bloch a montré que Henry More a été l’inventeur de l’adjectif materialist’ dans ses Divine Dialogue. (Londres, 1668, pp. 5–6), terme qu’il utilisait pour qualifier la pensée de Hobbes dont les conséquences sont destructrices pour la morale, par opposition à celle d’un jeune cartésien qui est matérialiste en un sens compatible avec les bonnes mœurs. On trouve chez Cudworth, T.I.S. U., chap. IV, p. 759, l’expression “the Old Atheistick Materialists” pour désigner les atomistes de l’Antiquité. Les termes ‘matérialiste’ ou ‘matérialisme’ ne se trouvent pas chez Hobbes. I1 faudrait compléter cette analyse de l’invention terminologique par une étude plus ample sur l’invention d’une histoire antique et moderne du matérialisme par les mêmes penseurs de Cambridge.Google Scholar
  7. 6.
    T.I.S. U., I, pp. 53–54: “Bien qu’un écrivain politique récent dénigre avec beaucoup d’excès l’éthique d’Aristote nous devons ici lui rendre justice en déclarant que son éthique était véritablement telle et répondait à son titre. Mais le nouveau modèle d’éthique qui s’est manifesté au monde avec tant de faste, lequel n’est en fait rien d’autre que la réanimation de la vieille doctrine démocritéenne, n’est pas une éthique du tout, mais une simple escroquerie, la sape et la subversion de toute moralité par la substitution de quelque chose qui lui ressemble, c’est-à-dire une simple contrefaçon et un remplacement. Son dessein ne pouvait être autre que de corrompre le monde.”Google Scholar
  8. 7.
    Of Liberty and Necessity (= Lib. N.., ce texte fut publié pour la première fois, sans l’accord de Hobbes, en 1654. L’étude la plus documentée et la plus fiable concernant les circonstances de la naissance et du développement de cette controverse a été dopnée par Franck Lessay dans l’introduction à sa traduction du texte en français, cf. De la liberté et de la nécessité, uvres de Hobbe., T XI-1, (Paris: Vrin), pp. 9–51. Le lecteur y trouvera tous les renseigements nécessaires concernant la date de la rédaction de ce texte, ainsi que sur les différentes éditions dont il a fait l’objet. Le texte en langue originale se trouve dans l’édition Molesworth des English Work., vol. IV, pp. 229–278, Londres, 1839.Google Scholar
  9. 8.
    The Questions Concerning Liberty, Necessity and Chance (= Lib. N. Ch.., qui présentent une étape postérieure de la controverse, suscitée par la publication du texte précédent dont l’ensemble des éléments est du reste repris, fut publié en 1656. Le texte original se trouve dans le volume V des English Work., traduction française, due à Luc Foisneau et Florence Perronin, ŒEuvres de Hobbe., Paris, Vrin.Google Scholar
  10. 9.
    Il s’agit de la Critique du ‘De Mundo’ de Thomas White (= Exam. DM., rédigé vers 1643, (Paris: Vrin, 1973), XXXIII, 2, p. 377. En revanche, dans les Elements of Law (= EL., qui datent de 1640 (édition Tönnies, Frank Cass, 1969), Hobbes restait sur une position ambiguë en opposant le possible et le nécessaire (I, XII, 2) et en opposant à l’action volontaire l’action involontaire entendue au sens d’action accomplie par nécessité de nature (I, XII, 3).Google Scholar
  11. 10.
    Cf. Exam. D., en particulier le chapitre XXX, et le De Corpore (= DCo., édition Molesworth des Opera Latin., vol. I, IX, 3 et 5. Pour l’examen de ce principe on pourra se référer à Y. C. Zarka, La décision métaphysique de Hobbes — Conditions de la politiqu., (Paris: Vrin, 1987), pp. 193–222, et, du même auteur, “Leibniz lecteur de Hobbes: Toute puissance divine et perfection du monde”, in StudiaLeibnitian., Sonderheft 21, Leibniz: le meilleur des monde., (Stuttgart: Franz Steiner Verlag, 1992), pp. 113–128.Google Scholar
  12. 11.
    Lib.N., pp. 274–275/p. 110: “Je tiens pour cause suffisant. ce à quoi rien ne manque qui soit indispensable à produire de l’effet. Une cause nécessair. est identique à cela, car s’il est possible qu’une cause suffisant. ne suscite pas l’effet, alors, il manque quelque chose d’indispensable à la production de celui-ci, et la cause n’était donc pas suffisant.: mais s’il est impossible qu’une cause suffisant. ne produise pas l’effet, alors, une cause suffisante est une cause nécessair., puisque, par définition, produit un effet nécessairemen. ce qui ne peut que le produire. Il est ainsi manifeste que tout ce qui est produit, est produit nécessairement. car tout ce qui est produit a eu une cause suffisant. pour le produire, ou bien n’eût pas été; et les actions volontaire., par conséquent sont accomplies par nécessité.” Cf. aussi: “Tha. which […] necessitateth and determinateth every action […] is the sum of all things which being now existent, conduce and concur to tha production of that action hereafter, whereof if any one thing now were wanting, the effect could not be produced “.: “C. qui […] nécessite et détermine chaque action […] est la somme de toutes les choses qui, existant maintenant, conduisent et concourent ensuite à la production de cette action, et dont une seule, en venant à manquer, empêcherait que cet effet ne fût produit” (Ibid. p. 246/p. 64). “Natura. efficacy of object. does determine voluntar. agents, and necessitates th. will, and consequently the action “: “L’efficience naturell. des objets détermin., il est vrai des agents volontaire., et rend nécessaire la volonté et, par conséquent, l’action” (Ibid., p. 247/p. 65).Google Scholar
  13. 12.
    Ibid., p. 259/pp. 85–86: “Par contingent en effet, les hommes n’entendent pas ce qui n’a pas de cause mais ce qui n’a pas pour cause une chose que nous percevions […]. Par là on peut constater que, bien qu’il existe trois sortes d’événements, nécessaires, contingents et libre., ils peuvent pourtant être tou. nécessaires sans que la beauté ou la perfection de l’univers en soient détruites”Google Scholar
  14. 13.
    Cf. Martine Pécharman, “Philosophie première et théorie de l’action selon Hobbes”, in Thomas Hobbes, Philosophie première, théorie de la science et politiqu., (Paris: PUF, 1990), pp. 47–66.Google Scholar
  15. 14.
    Lib. N., p. 255 pp. 78–79: “S’il y a, ainsi, nécessité qu’une action soit faite, ou qu’un effet soit produit, il ne s’ensuit pas qu’il ne soit rien qui soit nécessairement requis comme moyen de produire cet effet et quand il est déterminé qu’une chose sera choisie de préférence à une autre, la cause est donc également déterminée pour laquelle ce choix est fait; et cette cause pour l’essentiel, c’est la délibératio. ou la consultation…”.Google Scholar
  16. 15.
    Ibid., p. 273/p. 108: “…I conceive libert. to be rightly defined in this manner: Liberty is the absence of all the impediments to action that are not contained in the nature and intrinsecal quality of the agent. “: “Il me paraît qu’on définit correctement la liberté de cette manière: ‘la liberté est l’absence de tous les empêchements à l’action qui ne sont pas contenus dans la nature et la qualité intrinsèque de l’agent”‘.Google Scholar
  17. 16.
    Ibid., pp. 255–256/p. 80: “Pour la louange et le blâme, ils ne dépendent pas du tout de la nécessité de l’action louée ou blâmée. Qu’est-ce d’autre, en effet, de loue., que de dire qu’une chose est bonne — bonne, je le précise, pour moi, ou pour quelqu’un d’autre, ou pour l’État et la république? Et qu’est-ce que dire qu’une action est bonne, sinon qu’elle est conforme à ce que je souhaiterais, ou à ce qu’un autre souhaiterait, ou encore qu’elle s’accorde avec la volonté de l’État, c’est-à-dire à la loi? Monseigneur l’Evêque pense-t-il qu’aucune action ne peut être plaisante pour moi, pour lui ou pour la république, qui procède de la nécessité? Les choses peuvent ainsi être nécessaire. et pourtant dignes d’élog., comme aussi nécessaires et pourtant objets de blâm., et ni dans un cas ni dans l’autre ce n’est en vain, parce que louange et blâme, de même que reconnaissanc. et châtimen. façonnent et conforment la volonté au bien et au mal”.Google Scholar
  18. 17.
    T.F., pp. 6–7: 1 “Toute cause suffisante est une cause nécessaire” et 2 “la nécessité de toute proposition disjonctive”Google Scholar
  19. 18.
    T.F., IV, p. 15: “De cela seul il apparaît que des êtres rationnels, ou des âmes humaines, peuvent s’étendre eux-mêmes au-delà des natures nécessaires ou peuvent agir plus qu’ils ne subissent, qu’il peuvent se changer eux-mêmes et se déterminer de manière contingente ou fortuite, quand ils ne sont pas nécessairement déterminés par des causes antécédentes”.Google Scholar
  20. 19.
    EL., VII, 2, p. 28, et Léviathan (= Lev., VI, édition MacPherson, (Harmondsworth: Penguin Books) p. 119, trad. F. Tricaud, (Paris: Sirey, 1971), p. 47.Google Scholar
  21. 20.
    La formule de Hobbes qui se rapproche le plus du “constant, restless, uninterrupted desire” de Cudworth (T.F., VIII, p. 28) se trouve dans le chapitre XI du Léviatha. où Hobbes met à titre d’inclination de toute l’humanité “a perpetuall and restless desire of power after power” (p. 161).Google Scholar
  22. 21.
    Cf. Lev., VI, X et XI.Google Scholar
  23. 22.
    P.216/p. 159: “le même homme, pris en des moments divers, diffère de lui-même”.Google Scholar
  24. 23.
    Cf. Yves Charles Zarka, “Identité et ipséité chez Hobbes et Locke”, in Philosophi., n°37, 1993, pp. 5–19.Google Scholar
  25. 24.
    Lev., p. 85/p. 11: “A l’origine de toutes nos pensées se trouve ce que nous appelons SENSATION (car il n’y a pas de conception dans l’esprit humain qui n’ait pas d’abord, tout à la fois ou partie par partie, été engendrée au sein des organes de la sensation). Les autres dérivent de cette origine”.Google Scholar
  26. 25.
    Lib.N., p. 249/p. 68: “… la puissanc. de Dieu à elle seule, sans aucune aide, suffit à justifie. toute action qu’il accomplit […]. Ce qu’il fait est juste parce qu’il le fait; juste, je l’affirme, en lui, bien que non pas toujours juste en nous”.Google Scholar

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© Springer Science+Business Media Dordrecht 1997

Authors and Affiliations

  • Yves Charles Zarka

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