Advertisement

Résumé

Bayle est un curieux et non pas un méditatif: sa pensée se nourrit de ses lectures. Mis en demeure par les médecins d’abandonner ses travaux s’il voulait se délivrer des migraines fréquentes qui furent toujours le fléau de son existence,1 il assure n’avoir pas songé un instant à suivre pareil conseil; on peut l’en croire: ç’aurait été se condamner à mourir de faim mais, moins prosaïquement, c’est aussi, comme il le proclame, que, sans les Lettres, la vie lui aurait été un fardeau intolérable.2 Le «quiétisme» que lui imposa la crise de surmenage dont il souffrit en 16873 ne fut peut-être pas aussi absolu qu’il se plut à le dépeindre pour faire excuser son silence par certains de ses correspondants ou, plus exactement, si Bayle cessa d’écrire pendant de longs mois, il consacra sans doute à la lecture le plus clair de ses loisirs forcés. Rien de plus étranger à Bayle que le recueillement spéculatif grâce auquel un Spinoza ou un Malebranche voit s’illuminer devant son regard attentif les idées présentes à son entendement; il faut à l’esprit de Bayle le perpétuel stimulant d’un apport extérieur, qui suscite sa réaction critique et donne libre jeu à son don de la répartie. Tandis que la démarche cartésienne est une quête de la vérité, Bayle procède de manière indirecte et pourchasse l’erreur ou plutôt les erreurs.4 C’est pourquoi son œuvre est placée sous le signe du dialogue: sous sa plume, le cogito devient «cogitas, ergo es»!5 et à l’en croire, les problèmes métaphysiques «s’éclaircissent principalement en conversation, à cause qu’à mesure qu’on avance un éclaircissement, on peut aprendre de celui à qui l’on parle la dificulté qui y demeure».6

Preview

Unable to display preview. Download preview PDF.

Unable to display preview. Download preview PDF.

Copyright information

© Martinus Nijhoff, The Hague, Netherlands 1964

Authors and Affiliations

  • Elisabeth Labrousse

There are no affiliations available

Personalised recommendations