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Résumé

L’appartenance à la confession réformée condamnait un Français de la génération de Bayle, pour machinale que pût être sa piété, à une prise de conscience aiguë et à une option personnelle en matière religieuse: tous furent mis en demeure par les événements de pratiquer le libre-examen, tous connurent ce qu’en langage tauromachique on appelle le moment de vérité et ils durent décider quelle nature, quelle portée, quelle réalité ils attribuaient aux devoirs de l’homme envers Dieu. Chez les catholiques, une telle attitude n’était le partage que des esprits inquiets, des âmes scrupuleuses ou des cœurs fervents; aux tièdes — ce qui d’ailleurs ne veut certes pas dire, aux incrédules 1 — leur religion ne posait pas plus de problèmes que leur nationalité, parce qu’ils les trouvaient résolus d’avance par l’argument d’autorité et que toutes ses exigences se ramenaient finalement au devoir de docilité. En un sens, la conversion de Bayle au catholicisme peut se comprendre comme une tentative pour échapper à la problématique lancinante imposée à un calviniste français par le caractère minoritaire, et donc par l’autorité contestée, de ses traditions. Si elle avait pu se consolider, sa conversion aurait permis à Bayle de ne plus accorder aux dogmes qu’une attention assez distraite et de se consacrer sans partage aux délices anodines et paisibles des recherches érudites et des discussions savantes.

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Copyright information

© Martinus Nijhoff, The Hague, Netherlands 1964

Authors and Affiliations

  • Elisabeth Labrousse

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