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Pierre Bayle pp 131-167 | Cite as

Sedan; le Professeur de Philosophie 1675–1681

  • Elisabeth Labrousse
Part of the Archives Internationales d’Histoire des Idees/International Archives of the History of Ideas book series (ARCH, volume 1)

Résumé

C’est sans doute revêtu du bel habit de drap noir 1 qu’il n’avait pas encore payé que Bayle alla se présenter aux autorités de l’Académie de Sedan. Il ne tarda pas à apprendre que le concours pour la chaire de philosophie allait être tout autre chose qu’une simple formalité, puisqu’il fallait départager quatre candidats; pour se remettre en tête sa «routine d’Ergoterie»,2 il se plongea dans ses cahiers et ses livres, non sans regretter les vingt-cinq francs par mois que lui coûtait la modeste pension où il était descendu;3 en effet, à l’en croire, Sedan «est une petite ville située dans un païs infertile, où il ne croît ni bled, ni vin, tout y vient du dehors; avec tout cela, l’industrie des habitans et le commerce l’ont rendue riche, et voilà deux grandes raisons pourquoi tout y est cher».4

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References

  1. 13.
    Cf. à son père, 25/8/1676, ODHB, p. 66a; à Jacob, 16/11/1676, Ibid. p. 72b et ms.: «on nous a enlevé par l’autorité du Roi la moitié des fonds que les Fondateurs de cette Académie lui avoient attribués». A. G. Martimort (Le Gallicanisme de Bossuet, Paris, éd. du Cerf, 1953, in-8°, p. 152) juge mal payée une chaire du Collège de Navarre qui rapportait 900 livres à son titulaire et, à propos d’une autre dont la rétribution, fondée sur des rentes de l’Hôtel de Ville, s’était amenuisée jusqu’à 300 livres, il estime que le titulaire en serait mort de faim sans l’intervention de Bossuet, son ancien élève, qui obtint pour lui une pension. Rappelons que la plupart des professeurs réformés avaient des charges de famille; la politique royale était fort habile: de traitements déjà médiocres, elle faisait des traitements de misère, à peine supérieurs au salaire d’un ouvrier, ce qui, à la longue en tout cas, rabaissa appréciablement le niveau général des études dans les Académies Réformées: ce qui se passa à Sedan se retrouve partout ailleurs; le minerval (cf. infra note 17) n’était qu’un faible palliatif qui, au reste, constituait une infraction au principe réformé primitif de gratuité complète des études, qu’on s’efforçait de sauver par des exemptions. Notons que les professeurs de théologie touchaient 800 livres et, en outre, si, comme Jurieu, ils étaient ministres en exercice à Sedan, 700 livres à ce dernier titre (cf. Pierre-Daniel Bourchenin, Etudes sur les Académies protestantes en France au XVie et au XVile siècles, thèse Paris 1882, in-8°, p. 319).Google Scholar
  2. 18.
    Bayle ne mentionne pas ce détail dans les lettres qui ont été conservées, mais il est attesté par le registre des délibérations de l’Académie, détruit à l’heure actuelle mais qui existait encore au XIXe siècle: cf. Ch. Peyran, Histoire de l’Ancienne Académie réformée de Sedan, Strasbourg, 1846, 59 pp. in-8°, p. 54. Notons du reste que plusieurs ministres de la Principauté réclamaient à cette date leur traitement que, faute d’argent, on leur faisait attendre (cf. Ancienne Académie protestante de Sedan, Documents pour servir à son histoire, Paris et Mézières, 1867, in-8°, 53 pp. p. 40); il n’est donc pas certain du tout que Bayle ait effectivement touché l’indemnité qui lui avait théoriquement été allouée. En 1676, Trouillart, troisième professeur de théologie, reçut 168 livres pour ses frais de voyage et d’installation (cf. Bourchenin, op. cit. (supra, note 13) p. 319, note 3).Google Scholar
  3. 54.
    Cette maison avait appartenu autrefois à Pierre Du Moulin, qui avait enseigné la théologie à Sedan où il était mort en 1658; elle était située «rue de Villiers d’en Haut, tenant au rempart du fer-à-cheval» (cf. Ernest Henry, «Pierre Du Moulin», in Revue historique ardennaise, mai-juin 1894, P. 118–123).Google Scholar
  4. 128.
    Bayle savait par une expérience directe que la pédagogie de son père n’était guère capable de former un bon latiniste (cf. supra 1, p. 21) et au reste, Joseph Bayle, qui n’était pas un laborieux comme ses aînés, n’atteignit qu’une connaissance assez médiocre des langues anciennes (cf. à Jacob, 15/7/1683, OD2IB, p. 138a). Sur la demande de Tronchin, cf. supra 2, note 61. En 1681, ce fut Turrettini qui chercha un précepteur pour son fils Jean-Alphonse (cf. à Jacob, 13/9/1681, OD2IB, p. 128a), mais Joseph Bayle a quelques excuses de n’avoir pas eu la capacité nécessaire pour s’occuper de ce petit prodige qui a dix ans avait déjà composé un écrit latin consacré à la vie d’Hercule! (cf. Eugène de Budé, Vie de J.-A. Turrettini, théologien genevois, 1677–1757, Lausanne, Bridel, in-12, 1880, p. 5–6).Google Scholar

Copyright information

© Martinus Nijhoff Publishers, Dordrecht 1985

Authors and Affiliations

  • Elisabeth Labrousse

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