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Le corps autistique

  • Till Grohmann
Chapter
Part of the Phaenomenologica book series (PHAE, volume 227)

Abstract

Le chapitre huit ouvre la partie sur l’autisme. La catégorie nosologique de l’autisme est prise au sens contemporain du trouble du spectre de l’autisme. L’histoire et la provenance de ce concept sont expliquées et problématisées. La dimension contemporaine de l’autisme dans le DSM-5 est critiquée comme une définition purement négative, scellée de troubles et d’insuffisances. Contre cette compréhension stigmatisante de l’autisme est avancée une vision phénoménologique, appuyée par les revendications de personnes atteintes d’autisme. Après un résumé critique des différentes approches neurocognitives de l’autisme, la réflexion s’avance vers une analyse phénoménologique de la corporéité dans l’autisme. L’argument s’appuie sur des recherches sensorimotrices ainsi que sur des écrits autobiographiques de personnes autistes. Au centre de cette analyse figurent les concepts de posture, de motricité et de sensorialité.

Keywords

Autisme Sensorimoteur DSM Anticipation WCC Sense-making Esthétique Embodiment 

8.1 De l’autisme au spectre de l’autisme

Malgré son existence relativement courte sur le plan nosographique, l’autisme a déjà une longue histoire. Initialement, on désignait par le terme d’autisme un aspect de la schizophrénie. Chez Bleuler, en effet, la personne atteinte de schizophrénie est un « autiste » lorsqu’il se retire de la réalité intersubjective et se cantonne à l’intériorité d’un monde imaginaire. Ce ne sera que dans les années quarante du siècle dernier, et notamment grâce aux travaux menés indépendamment par Leo Kanner et Hans Asperger, que le terme d’autisme gagne une indépendance vis-à-vis de la schizophrénie. Le pédopsychiatre Leo Kanner, d’origine autrichienne, travaillant et vivant aux États-Unis, publie en 1943 son article sur « Autistic Disturbances of Affective Contact » (Kanner 1943) dans lequel il étudie le comportement de plusieurs enfants qui vivent en retrait du monde et refusent toute communication avec les autres. Presque contemporain, Hans Asperger publie en 1944 son article sur « Die Autistischen Psychopathen im Kindesalter » (Asperger 1944) où il étudie un groupe de patients similaires à ceux de Kanner. Cependant, il constate que malgré les déficits initiaux de ces enfants, une évolution positive est possible. Les enfants considérés par Asperger développent leur personnalité de telle sorte qu’ils trouveront une place dans la société et participeront à la vie commune. Cette découverte amena Asperger à dire que l’autisme pourrait regrouper plusieurs niveaux différents. Il pourrait impliquer aussi bien les sujets considérés par Kanner que les sujets dits « savants » et hautement intelligents pour lesquels Asperger a constaté un développement plus favorable. Aujourd’hui, on considère que Kanner et Asperger ont chacun travaillé sur deux différents groupes d’individus appartenant à un seul et même trouble : le spectre de l’autisme.

Comme le terme de « spectre » l’indique, l’autisme constitue une catégorie nosologique vague qui est étrangère à de rigides distinctions internes. Toute personne avec autisme a en effet son propre autisme à elle. S’il est donc réducteur de parler de « l’autisme » en tant que tel, il n’est pas moins réducteur d’en uniquement distinguer un autisme de « Kanner » et un autisme « d’Asperger ». Pour des soucis de clarté, nous ne pouvons cependant nous empêcher de nous référer, par la suite, à la distinction de ces deux formes d’autisme. Nous allons traiter les difficultés caractéristiques à chacun des groupes de manière individuelle – tout en sachant bien, cependant, qu’un seul et même individu peut témoigner des traits appartenant à chacun des deux groupes.

Malgré la détermination vague du terme de « spectre » de l’autisme, aussi bien la nosographie internationale du DSM que la psychanalyse reconnaissent aujourd’hui l’autisme comme une structure psychique à part entière qui résiste à son rabattement sur la psychose. Dans ce qui suit, il s’agit, d’une part, de savoir de quelle manière cette autre « structure psychique » renvoie à une autre forme de « subjectivité ». Nous essayerons d’y répondre par une analyse phénoménologique de l’autisme. D’autre part – et compte tenu de la différence entre l’autisme de Kanner et celle d’Asperger –, la question sera également de savoir quel est le trait identique dans l’autisme qui permet d’établir cette différence. Ici encore, nous espérons pouvoir répondre au moyen d’une investigation phénoménologique.

8.2 L’autisme : une autre subjectivité

La personne avec autisme est dite déficitaire dans les rapports sociaux. Elle est dite incapable d’une imaginarisation de la réalité à partir de situations fictives. Elle est en défaut de multiples comportements verbaux et non verbaux (tels qu’expressions du visage, postures du corps, réciprocité du regard et émotions partagées). S’il n’est pas totalement absent, le langage n’est qu’insuffisamment développé, souvent marqué par une utilisation idiosyncrasique de certains mots, sans cesse itérés. Son comportement est répétitif, accentué par des automatismes et des rituels insensés et non fonctionnels. Elle est majoritairement concernée par des objets, et semble se désintéresser des êtres humains : c’est en cela que consiste la définition de l’autisme dans le DSM-5 (APA 2015, 55) où il est considéré comme un trouble grave du développement composé de deux groupes fondamentaux de symptômes. Il s’agit de restrictions dans les domaines des interactions sociales, y compris les communications verbales, ainsi que des intérêts et des activités.

Il est en effet frappant que cette définition – si cela en est une – ne connaisse que des prédicats négatifs. Ashby (2009) remarque que les termes les plus employés dans le DSM à l’égard de l’autisme sont ceux de « trouble », de « restriction », de « retard », d’« insuffisance », etc. La personne avec autisme est déficitaire par rapport à l’idée d’une norme qu’elle n’atteint pas. Une telle appréhension déficitaire nourrit, en même temps, l’identification de l’autisme au retard mental, c’est-à-dire à une déficience sur le simple plan intellectuel. Si l’on ajoute à cet amalgame d’idées reçues les stéréotypies d’autistes savants, alors on conviendrait probablement à dire que les personnes avec autisme sont démentes, car trop intelligentes – ce qui, bien entendu, ne voudrait absolument rien dire.

On ne saura probablement jamais ce qu’est l’autisme tant qu’on s’en tient à une définition négative fondée sur une vision plus ou moins bien circonscrite de ce que l’humain devrait être. Une telle définition, il est vrai, ne nous apprend que ce que l’autisme n’est pas. Elle est la simple énumération d’une série de négations qui ne touchent point à l’essentiel de sa position de sujet. En effet, derrière la négativité des symptômes, il y a bien un sujet qui vit le monde à sa manière, qui a une perspective de ce monde, un point de vue propre à lui-même, et une manière tout à fait individuelle d’y être, d’être présent au monde, aux choses, aux autres et à soi-même. Et c’est dans cette singularité de l’expérience, dans cette individualité du regard subjectif sur le monde, qu’il doit y avoir à nouveau quelque chose de fondamentalement typique : quelque chose de commun à toutes les personnes avec autisme en tant que tels, c’est-à-dire quelques traits fondamentalement « autistiques ». En recherchant une telle structure typique de l’expérience autistique, nous visons à produire une description positive de l’autisme. Comment appréhender la position autistique au-delà des déficiences dont elle peut témoigner ?

Tito Mukhopadhyay, un des nombreux autobiographes autistes, constate être « disqualifié par la race humaine » (Mukhopadhyay 2000, 103). Mais au lieu de situer la cause de cette place excentrée vis-à-vis du reste de l’humanité dans une simple déficience ou une négativité de sa part, il se revendique au contraire d’« une forme différente d’esprit » (Mukhopadhyay 2000, 103). Cette revendication renverse le négatif en positif. Mukhopadhyay se voit intrinsèquement différent des sujets non-autistes, et non pas simplement accidentellement. Avoir « une forme différente d’esprit », cela signifie, en effet, que le critère différentiel qui se tient entre lui et le reste de « l’humanité » provient d’une détermination positive d’être – et aucunement d’un « manque-à-être ».

Cette revendication d’une différente structure subjective constitue un trait caractéristique que Mukhopadhyay partage avec la plupart des autres autobiographes autistes. À la différence des écrivains souffrant de schizophrénie, par exemple – qui parlent le plus souvent au nom d’eux-mêmes, en tant qu’individus –, les personnes avec autisme se réfèrent généralement à l’ensemble « des autistes », dont ils se voient être un représentant. Il y a là une forme de solidarité entre les personnes avec autisme, qui se nourrit d’une conception positive de leur différence. Pour donc savoir ce que Mukhopadhyay entend par une « forme différente d’esprit », nous devons adopter un autre regard sur la pathologie et sur le pathologique en tant que tel. Il ne peut s’agir pour nous de voir dans les gestes apparemment incontrôlés de la personne avec autisme, dans son retrait et son enfermement en lui-même, dans son refus de la parole et de ses stéréotypies, dans ses écholalies et ses automutilations, bref, dans toutes les idiosyncrasies de son comportement, des émanations hors-sens d’un sujet dément en manque de langage. Car il se peut, en effet, que l’inintelligence présumée de ses gestes à lui ne soit au fond que l’écho d’une conception restreinte de la rationalité et du rationnel en nous. C’est pour n’être pas capable de reconnaître d’autres productions de sens que ceux du langage ; c’est pour ne connaître de l’intelligence que celle verbalisée et logique ; et c’est, au fond, aussi, pour avoir établie une distinction beaucoup trop stricte entre l’intelligible et le sensible, entre le corps et l’esprit, entre la pensée et le sentir, entre le sens et le non-sens, entre le rationnel et l’irrationnel, etc., que nous défaillons à voir dans les comportements et gestes de ces sujets autre chose que les signes d’un simple retard mental. Il s’agit donc de rompre avec notre perspective intellectualiste. C’est ainsi que nous allons voir que les gestes apparemment insensés de ces sujets sont, au contraire, des productions de sens d’un individu en recherche de sa propre expressivité. Ce sont des élaborations d’ordre et de rationalité a minima qui, aussi rudimentaires qu’elles puissent paraître, ont cependant une fonction absolument essentielle.

Or, pas moins de se prémunir contre le rabattement du comportement autistique sur une irrationalité hors-sens, il faut se méfier de ne pas tomber dans l’exact excès inverse : il ne peut pas être question de vouloir identifier l’être-au-monde autistique à l’être-au-monde non-autistique. Une telle démarche serait tout aussi réductrice que son contraire. Car au fond, ces démarches s’identifient. Ce qu’elles ont en commun, c’est une carence dans l’imagination – une imagination nécessaire afin de penser la possibilité d’autres mondes que le nôtre. Il n’y a pas qu’un seul monde et il n’y a pas qu’une seule ontologie. Il existe, au contraire, autant de mondes – et d’ontologies de ces mondes – que de positions subjectives capables de les porter à l’existence. C’est le souci d’une telle recherche ontologique différentielle qui nous motive désormais à mettre le terme de « monde » autistique entre parenthèses. Nous voudrions, par là, faire entendre que, bien que la personne avec autisme vive dans un monde, ce « monde » est cependant loin de s’inscrire dans la même réalité que la nôtre.

8.3 Théories cognitives sur l’autisme

Dans la perspective qui est la nôtre, l’autisme n’est pas simplement un problème psychologique d’un sujet qui peine à s’instituer en tant qu’agent cognitif. Il présuppose, au contraire, une structure d’expérience concrète qui se façonne à partir du corps opérant. Il y a en effet une acception croissante vis-à-vis de l’idée que « l’autisme ne se contente pas de toucher seulement le développement psychique ou neuropsychique de l’individu qu’il affecte. C’est le « développement global de la personne, somatique autant que psychique, qui est perturbé. » (Caucal et Brunod 2010, 12) Dans l’autisme, le somatique influe sur le psychique, de même que le psychique influe sur le somatique. Le somatique et le psychique ne sont pas deux domaines ontologiques distincts, mais ils concernent la seule et même réalité d’existence. Si cela semble, certes, être une évidence au premier abord, elle l’est beaucoup moins lorsqu’il s’agit de concrètement élaborer une théorie sur l’autisme. Car les dualismes persistent à différents niveaux et nul par ailleurs ils ne sont aussi ardus que dans le champ des théories cognitives.

Il est vrai que depuis déjà les années quatre-vingt, les recherches cognitives sur l’autisme se sont massivement ouvertes en direction d’une investigation sur les processus perceptifs de ces individus. Grâce aux hypothèses inaugurales de Uta Frith et sa théorie d’une Weak Central Coherence (WCC), on a pu mettre en avant que le critère distinctif de l’autisme consiste en un style perceptif-cognitif particulier. On a vu que les personnes avec autisme traitaient les perceptions non pas de manière holistique et selon des unités de Gestalt, mais, au contraire, localement et avec beaucoup plus d’attention aux détails. Tandis qu’il y a, selon Frith, chez des sujets non-autistes une certaine « force qui rassemble de grandes quantités d’informations » (Frith 1996, 161) – une force de « cohésion centrale » sans laquelle « les fragments d’information ne seraient rien d’autre que des fragments » (Frith 1996, 162) –, les personnes avec autisme, par contre, seraient privées d’une telle cohésion d’ensemble. L’exemple canonique de Frith est de renvoyer à des expériences d’illusions d’optique lors desquelles les personnes avec autisme se trompent beaucoup moins que les personnes non-autistes. Car au lieu d’immédiatement appréhender l’ensemble de la Gestalt – dans laquelle siège justement l’illusion –, les personnes avec autisme traitent les perceptions de manière locale – ce qui les protège de l’illusion (Frith 1996, 162). Or, dans la vie de tous les jours, une telle attention excessive aux détails est loin d’être un atout. Le manque de cohésion centrale fait que la personne avec autisme vit, selon Frith, « dans un monde fragmenté avec des unités relativement petites et séparées les unes des autres » (Frith 1996, 173). Incapable d’appréhender l’ensemble d’une certaine situation, la personne avec autisme serait ainsi confrontée à une série infinie de différents détails dont aucun ne se ressemble. Selon Frith, pour la personne avec autisme, cette fragmentation dans la perception va aussi loin que « le même chien dans deux moments temporels différents n’est pas le même » (Frith 1996, 173), car il se distingue en fonction d’une multiplicité de détails que la personne avec autisme ne peut pas ne pas prendre en compte.

Or, malgré sa plus grande attention prêtée au fonctionnement perceptif dans l’autisme, la WCC reste une théorie sur la cognition. Ce qui l’intéresse, c’est uniquement la capacité ou l’incapacité d’un sujet à se rapporter à la perception pour en extraire une connaissance. La perception, elle-même, n’est considérée qu’en vue des opérations catégoriales mises en œuvre en elle. À juste titre, De Jaegher critique la théorie de la WCC qui « considère la perception comme étant régulée de manière top down » (De Jaegher 2013, 8), c’est-à-dire comme étant entièrement soumise et dirigée par des schèmes de cognition. La théorie de la WCC est incapable de penser l’émergence du sens autrement que par des fonctions synthétiques de l’entendement. Elle ne considère que les opérations cognitives d’ordre supérieur (higher order congnitive functions). En effet, si Frith souligne à plusieurs reprises que « dans l’autisme, aucune déficience sensorielle n’est en jeu » (Frith 1996, 174) ; si elle insiste autant sur le fait que, dans l’autisme, « le problème n’est pas périphérique, il n’implique pas l’appareil sensoriel, mais l’appareil mental » (Frith 1996, 174), c’est, alors, qu’elle se montre incapable de concevoir une émergence passive du sens, c’est-à-dire sans, et avant même, que les processus catégoriaux de l’entendement n’aient à y intervenir.

C’est justement vers une telle interrogation sur des processus de constitution passifs dans l’autisme que tend la reformulation de la théorie WCC par Francesca Happé et Frith en 2006 (Happé et Frith 2006). Depuis 2006, Happé et Frith ne voient plus la cause de la fragmentation perceptive du « monde » autistique dans un affaiblissement des opérations mentales d’ordre supérieur. Elles admettent, au contraire, un fonctionnement « supérieur » des effectuations locales, c’est-à-dire des effectuations sensorielles et perceptives. Par conséquent, les personnes avec autisme perçoivent trop de détails non pas parce qu’elles ont un défaut de traitement central d’informations, mais, à l’inverse, elles ont ce défaut de traitement central d’informations parce qu’elles perçoivent trop de détails.

[…] la suggestion d’origine d’un déficit fondamental dans les processus centraux, manifeste dans l’incapacité [des personnes avec autisme] à extraire des formes et des significations globales, a évolué d’un problème primaire vers un résultat secondaire – avec une plus grande insistance sur une possible supériorité des processus locaux orientés sur des détails. (Happé et Frith 2006, 5)

Que l’on tienne cette conclusion pour une découverte majeure ou pas, il faut savoir qu’un tel changement de perspective a été majoritairement inspiré par les travaux respectifs de Kate Plaisted et de Laurent Mottron. Chacun d’eux, à sa manière, s’efforce de montrer l’insuffisance de la théorie de la WCC à rendre compte des problèmes rencontrés par des personnes avec autisme.

Prenant comme point de départ la résistance des personnes avec autisme vis-à-vis des illusions d’optique, Plaisted émet l’hypothèse d’une activité augmentée des processus perceptifs locaux dans l’autisme. Mais, selon Plaisted, cette augmentation n’implique pas nécessairement un déficit des fonctions cognitives supérieures et centrales. Au contraire, elle souligne que les personnes avec autisme sont bien capables de voir l’illusion optique. La différence est simplement que leur perception ne s’y restreint pas. (Plaisted 2001) À l’occasion de l’illusion de Müller-Lyer, Plaisted montre que les personnes avec autisme adaptent leurs réponses selon qu’on leur demande « quelle ligne est plus longue » et « quelle ligne a l’air plus longue » : « Lorsqu’on leur demande sur l’illusion, les personnes avec autisme peuvent voir et la forme actuelle du stimulus et l’illusion. » (Plaisted 2001, 155) Au lieu d’une réelle incapacité à traiter des informations globales, Plaisted opte donc pour une simple préférence des personnes avec autisme à l’égard d’un traitement local d’informations. Ce serait également en raison d’une telle perception plus fine que les personnes avec autisme auraient du mal à généraliser, c’est-à-dire à apprendre des catégories (Plaisted 2001, 158).

Laurent Mottron, quant à lui, s’accorde avec Plaisted sur l’idée de substituer au déficit des facultés cognitives supérieures un surfonctionnement des capacités perceptives inférieures (low-level). Selon Mottron, la personne avec autisme perçoit « avec un grain plus fin » (Mottron 2004, 88). Elle n’est « pas obligée d’utiliser une stratégie globale lorsqu’une approche globale de la tâche est au détriment de la performance » (Mottron et al. 2006, 30). Le surfonctionnement de ses capacités perceptives « inférieures » fait non seulement que la personne avec autisme a une « plus grande capacité à distinguer deux informations très proches, en forme, en fréquence ou en position » (Mottron 2004, 88). Mais ce surfonctionnement est également à l’origine d’une résistance à identifier ces informations, c’est-à-dire à les subsumer sous une seule et même catégorie. Ce serait finalement en raison d’une telle « augmentation générale des bas niveaux (low-level) des processus auditifs et visuels » (Mottron et Burack 2001, 138) que les personnes avec autisme se voient confrontées à un monde perceptif fragmenté qu’elles peinent à insérer dans la forme d’un tout cohérent. Bien que les personnes avec autisme savent utiliser des catégories et qu’elles rapportent dans des expériences des résultats similaires aux personnes non-autistes, elles « ne sont pas naturellement inclinées à utiliser ces catégories » (Mottron et al. 2006, 35). La solution proposée par Mottron consiste à substituer la conception dichotomique – canonique dans les sciences cognitives – entre facultés déficitaires versus facultés intactes par une « trichotomie surfonctionnement/intact/déficitaire » (Mottron 2004, 124).

D’un point de vue phénoménologique, ce tournant perceptif des théories cognitives sur l’autisme constitue, certes, un développement positif. Cependant, nous devons être extrêmement prudents sur la manière dont nous utilisons ce matériel. Car il n’est pas sans causer un réel embarras à tous ceux qui essayent de penser l’évènement de la constitution du monde autrement que par la dichotomie du corps et de l’esprit. Celle-ci, il est vrai, survit malgré – ou plutôt, en fonction – des transformations superficielles à son égard. Le dualisme n’a peut-être jamais été aussi tenace que dans la hiérarchisation de la psyché en facultés cognitives « supérieures » et « inférieures ». Il ne peut être question, pour nous, de séparer aussi drastiquement qu’on le fait aujourd’hui, les facultés perceptives et sensorielles, d’une part, d’une élaboration intentionnelle et signifiante de ces perceptions, d’autre part. La solution au problème ne peut pas simplement consister à penser l’autisme en termes d’un dysfonctionnement/surfonctionnement des facultés higher ou lower. Car c’est justement la hiérarchisation de ces facultés qui pose problème. Au-delà d’un tel compartiment psychologisant, il est donc temps de considérer l’autisme comme une transformation de la subjectivité dans son ensemble, c’est-à-dire avec toutes ses diverses possibilités de faire-sens à la fois.

8.4 Le corps autistique fait sens

Il ne faut pas voir dans l’autisme un simple problème local qui ne désagrégerait qu’une certaine faculté psychique, sans toucher en même temps à toutes les autres. L’autisme n’est pas un trouble des facultés cognitives supérieures ou des capacités sensorielles inférieures. Dans l’autisme, c’est au contraire l’expressivité du sujet qui change dans son ensemble. Ce qui paraît ici transformé, c’est la manière toute personnelle qu’a le sujet de se signifier un monde, de se signifier l’autre et de se signifier sa propre existence. Impossible, en effet, de vouloir comprendre cette transformation en termes d’une augmentation ou d’une diminution de certaines facultés abstraitement isolées. Le problème de l’expérience ne peut pas être résolu sur un plan purement quantitatif. Le sens du monde et de l’exister sont irréductibles à une simple question de degrés. Ils concernent au contraire la nature même de son apparaître. La psychologie cognitive n’admet de mondes qu’en termes de plus ou de moins. Mais dans l’autisme, c’est le comment ? du monde qui pose question. Par quels moyens pouvons-nous l’interroger ?

Nous avons vu, dans la première partie de ce travail, que le corps opérant garantit à notre monde une première forme d’ordre et de cohérence. En y introduisant des repères à lui, il contribue à la familiarité d’un monde qui nous apparaît toujours comme un fait déjà connu. Si la psychologie cognitive a tant de mal à interroger le sens du monde autistique, c’est notamment en raison de son appréhension réductionniste du corps qui, pour elle, n’est rien de plus qu’un ensemble mécanique de processus physico-chimiques. C’est, en effet, en méconnaissance d’une compréhension de l’opérativité du corps que l’autisme est conçu aujourd’hui comme un simple « problème psychologique, cognitif/social abstrait [appartenant] à un cerveau “désincarné (disembodied)” » (Torres et al. 2013, 20). Or, non seulement la personne avec autisme a bien un corps, mais, en plus, ce corps entretient des liens extrêmement signifiants à l’égard de son monde.

C’est pour mettre en avant cette dimension proprement signifiante du corps autistique que Hanne De Jaegher a récemment évoqué la nécessité de « mettre à jour la relation entre […] “l’incarnation autistique (autistic embodiment)” et “la psychologie autistique (autistic psychology)” » (De Jaegher 2013, 2). Elle soutient l’idée que les problèmes et les déficiences psychologiques et cognitives dans l’autisme doivent être compris en relation au corps autistique et à ses manières tout à fait particulières de mouvoir et de sentir. Selon de Jaegher, la personne avec autisme est caractérisée par une « différente incarnation (different embodiment) » (De Jaegher 2013, 2) que les personnes non-autistes. Ses gestes et ses actions, ses postures et ses mouvements, ses modes d’énonciation et d’isolation, bref, tout ce qui peut nous sembler étrange et incompréhensible constitue, pour la personne avec autisme, une certaine forme de compréhension de son « monde ». En se référant à la notion de « faire-sens (sense-making) », de Jaegher (2013, 1) entend concevoir les mouvements, postures et gestes du corps autistique comme un « moyen par lequel l’agent se lie à son monde de manière signifiante. » (De Jaegher 2013, 1) Par son comportement, la personne avec autisme s’inscrit dans la rationalité d’un « monde » en advenir. En identifiant ainsi au cœur du corps opérant des processus de « faire-sens », De Jaegher veut « déplacer au centre de la cognition, la dimension personnelle de la signifiance » (De Jaegher 2013, 1) :

Faire-sens est basé sur des finalités et des besoins inhérents [au sujet] et qui s’ensuivent du fait d’exister en tant qu’être charnel, auto-organisationnel – un être qui se maintient lui-même de manière précaire, et qui a une perspective singulière sur le monde. Le faire-sens s’institue et a lieu à travers l’incarnation et la situation de l’agent cognitif : ses manières de se mouvoir et de percevoir, ses affects et ses émotions, ainsi que le contexte dans lequel il se trouve : tout cela détermine la signification qu’il donne au monde – et cette signifiance, en retour, influence la manière dont il se meut, se perçoit, s’émeut et est situé. (De Jaegher 2013, 1)

Pour analyser les différentes manières de faire-sens dans l’autisme, nous commencerons par l’adaptation posturale, puis nous nous tournerons vers la motricité et, enfin, vers la sensorialité.

Les analyses qui vont suivre concernent aussi bien les individus avec autisme de Kanner que ceux avec autisme de haut niveau. Les maints témoignages autobiographiques d’individus avec autisme montrent clairement que, notamment lors de l’enfance, ceux avec autisme de haut niveau peuvent témoigner des mêmes difficultés sensorimotrices que ceux avec autisme de Kanner. La différence spécifique entre ces deux formes d’autisme ne semble s’établir que lors du développement ultérieur. Comme nous allons le voir, les individus avec autisme de haut niveau sont par contre capables d’inventer des stratégies leur permettant d’élaborer un ordre et une cohérence dans l’expérience, malgré leurs difficultés sensorimotrices.

8.5 Posture

« Nous faisons le sens du monde lorsque nous nous mouvons en lui et avec lui », affirme De Jaegher (2013, 7). Elle entend par là le domaine d’une signifiance préverbale qui se fonde sur la structure du corps opérant. L’adaptation posturale constitue le premier niveau d’une telle communication sensorimotrice avec le monde. Par le tonus, le sujet prend littéralement position. Il exprime une certaine tendance émotionnelle vis-à-vis de ce qu’il vit et perçoit. Le tonus ne change pas seulement de manière réactive à des évènements de l’environnement, mais il s’adapte également de manière prospective, c’est-à-dire comme une anticipation à l’action. Dans la tonicité du corps, se concentrent et s’expriment les différentes tendances posturales d’une personne, c’est-à-dire sa manière toute personnelle de prendre position dans le monde. Il a souvent été remarqué que les personnes avec autisme ont des postures corporelles déséquilibrées. Pierre Delion, par exemple, renvoie ce déséquilibre postural à ce qu’il appelle, en écho à Bullinger, des « dysharmonies toniques » (Delion 2004, 14). Dans l’autisme, une telle dysharmonie tonique s’exprime, par exemple, par un état d’hypertonicité du haut du corps combiné à une hypotonicité du bas du corps. Un certain côté du corps de l’axe horizontal peut être plus investi qu’un autre. Selon Danièle Caucal et Régis Brunod, ces différences posturales peuvent, en effet, s’alterner rapidement : « L’association successive des deux variétés de trouble du tonus (hypo- et hypertonie), chez le même enfant, n’est pas exceptionnelle. » (Caucal et Brunod 2010, 75)

Or, l’investissement d’un certain côté du corps au détriment d’un autre entraîne « une disparité fonctionnelle importante entre les deux hémicorps ». (Delion 2004, 14) Certaines zones du corps étant ainsi excessivement utilisées, tandis que d’autres sont ignorées et semblent quasi inexistantes. Entre hypo- et hypertonicité, le corps autistique a perdu son fonctionnement unitaire et harmonieux. Il est clivé en des états posturaux antagonistes1. Ces troubles posturaux sont présents dans l’autisme dès le premier âge. Souvent, les parents d’enfants autistes remarquent spontanément une absence de dialogue tonique avec le nourrisson. Celui-ci est soit complètement indifférent à la présence de ses parents soit, au contraire, il se raidit et se crispe (Caucal et Brunod 2010, 37).

Une telle organisation tonico-posturale des personnes avec autisme est l’expression d’expériences émotionnelles toutes aussi rudimentaires et extrêmes. En effet, l’hypertonicité, l’extrême crispation du corps ou de certaines de ses parties, est souvent liée à un état émotionnel intense tel que l’angoisse ou la panique. Ces fortes réactions émotionnelles relèveraient du fait que la personne avec autisme peut ne pas comprendre une certaine situation qui la dépasse et la trouble. L’hypertonicité serait ainsi le résultat du fait qu’il lui manque les clés de lecture d’une telle situation. Située à l’autre extrême, l’hypotonicité, le manque total de tensions musculaires, serait le résultat d’une élimination ou d’une ignorance des perceptions. Hypotonique, la personne avec autisme vivrait comme détachée de ses perceptions qui ne semblent plus la concerner. Elle s’est, pour ainsi dire, encloisonnée en elle-même par des stratégies corporelles particulières qui, au lieu de l’ouvrir au monde, lui servent, au contraire, à s’en distancier.

Soit hypertendu, soit hyper-relâché, le corps autistique est exposé à un « monde » dont il est en défaut de maîtrise. Ce « monde » pourrait être vécu soit dans la modalité d’une surproximité étouffante et angoissante, soit dans celle d’une distanciation radicale. Pierre Delion établit, en outre, un lien explicite entre les dysharmonies toniques, d’une part, et les « troubles des relations sociales et des anomalies spécifiques de la communication qui caractérisent le syndrome autistique » (Delion 2004, 14), d’autre part. Hypertonicité et hypotonicité indiqueraient ainsi deux manières problématiques de la personne avec autisme de s’ouvrir au monde et aux autres. Dans l’autisme, le corps est entravé dans sa fondamentale dimension médiatrice. Poursuivons maintenant cette recherche sur le corps autistique et prolongeons là vers le domaine de la motricité.

8.6 Motricité

Loin de se limiter seulement à l’adaptation posturale, les difficultés motrices des personnes avec autisme concernent l’entière motricité, c’est-à-dire tous les mouvements sans exception. Certains chercheurs mentionnent des « décours de mouvement atypiques durant la locomotion, le saisir et l’atteindre » (Bhat et al. 2011, 117). D’autres ont remarqué une « démarche parkinsonienne (parkinsonian gait) » (Vilensky et al. 1981). L’autobiographe Gunilla Gerland parle de son corps comme d’un objet afonctionnel qui échappe constamment à sa propre maîtrise. « Je tombais très souvent et me cognais, ou me tordais et me foulais les pieds à cause de ma motricité maladroite. » (Gerland 2004, 149) En référence à cette fragilité, Molloy parle d’une « maladresse (clumsiness) » (Molloy et al. 2003, 644) dans l’autisme, qu’il définit par une « structure de mouvement aberrante » (Molloy et al. 2003, 644). Cette dimension « aberrante » de la motricité autistique est déjà manifeste dans l’instabilité posturale – celle-ci considérée, maintenant, non pas en tant qu’expression de l’état émotionnel du sujet, mais tout simplement dans sa fonction d’assurer au sujet un équilibre et une stance. Le corps autistique n’offre au sujet qu’une faible stabilité. Il manque souvent d’équilibre et titube.

Pour comprendre cette « structure de mouvement aberrante » dans l’autisme, il est, cependant, insuffisant de rester au seul niveau de la motricité. Il ne faut pas considérer les mouvements d’un corps en abstraction de l’environnement dans lequel ils s’inscrivent. La recherche de l’équilibre, par exemple, demande une constante attention aux perceptions visuelles et à tous les changements qui peuvent avoir lieu dans le champ de la vision. Bruno Gepner constate en ce sens que les « enfants autistes sont posturalement plus instables que les enfants normaux et ne réagissent généralement pas à des mouvements de l’environnement visuellement perçus. » (Gepner et al. 1995, 1213) Tandis que les « enfants normaux semblent être incapables d’“ignorer” un mouvement visuel » (Gepner et al. 1995, 1213), les enfants avec autisme, par contre, « peuvent être inattentifs à la scène visuelle. » (Gepner et al. 1995, 1213) Lorsque, par exemple, les enfants avec autisme voient un mouvement rotatoire autour d’eux, leur posture reste indifférente à son égard. Leur corps ne montre aucun signe d’une tentative d’adaptation (Mottron 2004, 84). Maintes autres observations confirment cette « absence d’anticipation des ajustements posturaux » (Caucal et Brunod 2010, 74) : les enfants autistes peuvent, par exemple, « ne pas fléchir le tronc en avant lorsqu’ils s’assoient, ce qui provoque une chute en arrière. » (Caucal et Brunod 2010, 74)

Dans l’autisme, le dialogue sensorimoteur avec l’environnement n’a lieu que sous une forme insuffisante. Ce qui est concerné, c’est l’ensemble du bouclage sensorimoteur qui lie, dans l’unité dynamique d’une seule Gestalt, les perceptions visuelles aux mouvements du corps en général. Dans la première partie de ce travail, nous avons vu que mouvements et perceptions étaient fondamentalement liés, et qu’il n’y a pas de percevoir sans un mouvoir ni un mouvoir sans un percevoir. L’autisme ne trouble pas simplement la motricité, mais c’est plus généralement la structure d’interface corps-monde qui est touchée. Il y a une sorte de « modulation mutuelle inadéquate entre des entrées visuelles et des sorties motrices […] », dit Gepner (1995, 1213). Le corps autistique est insensible aux influences perceptives du monde externe.

C’est précisément ce que montre l’expérience de Dowd, menée avec des enfants autistes et non-autistes. En donnant à chaque enfant un stylo et un écran tactile, la consigne consiste à suivre avec le stylo la cible apparaissant en rouge sur l’écran. La difficulté étant d’ignorer le point blanc qui, en tant que distractor, apparaît sur l’écran. Comme résultat de l’expérience, Dowd (2012, 1546) remarque que « les enfants au développement normal considèrent [le point blanc] comme une distraction visuelle lorsqu’ils programment et exécutent un mouvement, tandis que cela ne semble pas être le cas chez des enfants avec autisme. » Les mouvements et actions des enfants non-autistes sont plus facilement influençables que ceux des enfants avec autisme.

Une telle sensibilité aux perturbations visuelles s’explique par la structure intentionnelle du corps opérant. Nous l’avons vu : il est un trait constitutif du corps opérant de s’étendre largement au-delà de ses limites objectives (Grohmann 2017). Lorsque j’entre dans une pièce, mon corps prend immédiatement possession des objets qui y apparaissent. Non pas, certes, actuellement, mais bien, intentionnellement. Dès que je vois, par exemple, la bouteille près de moi, celle-ci est immédiatement intégrée dans l’espace potentiel de mon corps. Grâce à son système de « potentialités kinesthésiques », mon corps occupe virtuellement tous les endroits où l’accomplissement réel de ses actions peut l’amener. Le mouvement réel n’étant ainsi rien d’autre que l’actualisation d’une structure kinesthésique intentionnelle qui précède à sa réalisation. C’est en raison d’une telle structure intentionnelle du corps que nos mouvements sont influençables par des perturbations qui surviennent même aux limites extrêmes de notre horizon perceptif : elles font intrusion dans l’espace potentiel de notre corps.

La même chose, il est vrai, ne vaut pas pour le corps autistique. Celui-ci ne se laisse pas perturber dans l’accomplissement de ses mouvements par l’apparition soudaine d’un objet. On a interprété cette absence de réactions motrices comme des « déficits d’intégration sensorimotrice » (Gepner et al. 1995, 1213), voire comme un « problème avec l’intégration sensorielle multimodale » (Minshew et al. 2004, 2059). D’un point de vue phénoménologique, un tel déficit signifie un rétrécissement de la capacité du corps à s’ouvrir au monde. Ce monde est peut-être encore perçu en tant que tel. L’écran est bien là, le stylo, la cible, etc., mais cette perception n’a plus aucun effet. Entièrement absorbée par la consigne de l’expérience, la personne avec autisme rétrécit le sens et la portée de son monde à la tâche qui lui a été donnée. Les structures de potentialités du corps opérant ne connaissent plus que la concrétude de la tâche en question. Dans l’autisme, la virtualité du monde ouvert a été échangée contre l’actualité d’un milieu fermé. Il a lieu une sorte de dés-imbrication du corps vis-à-vis de son monde : une distanciation fonctionnelle de l’un par rapport à l’autre.

Cette hypothèse est, par ailleurs, confirmée par une étude menée par Fabbri-Destro (2009). Dans cette étude, on demande à des enfants avec et sans autisme de déposer des objets dans un conteneur de taille variable. L’expérience vise à savoir si la forme des mouvements change en fonction de la taille de leur cible. De fait, à l’encontre des personnes non-autistes, les mouvements des personnes avec autisme ne montrent aucune adaptation. Elles ne commencent à adapter leurs mouvements qu’une fois que la première tentative a échoué. La seule adaptation motrice qu’elles connaissent est de l’ordre de l’après-coup, c’est-à-dire rétrospective et nullement prospective. D’autres recherches confirment cette interprétation, soulignant que « les jeunes enfants autistes utilisent préférentiellement un mode de contrôle rétroactif du mouvement, au détriment du mode de contrôle anticipé ou proactif, le seul qui permet un ajustement “en temps réel” aux modifications de la situation. » (Caucal et Brunod 2010, 75) C’est en raison d’une telle try-and-fail-strategy des mouvements que Dowd émet l’hypothèse que les « enfants avec autisme programment les mouvements dans des étapes indépendantes, plutôt qu’en tant qu’ensemble cohérent. » (Dowd et al. 2012, 1540) Gallese affirme, lui aussi, que les enfants avec autisme « utilisent des stratégies motrices fondamentalement dépendantes d’informations feed-back, au lieu de se servir de modes de contrôle feed-forward. » (Gallese et al. 2007, 21) Ils s’approchent progressivement de leur but et sont incapables de saisir d’un coup l’ensemble des paramètres nécessaires à la réalisation du mouvement.

Lorsque Dowd interprète l’expérience de Fabbri-Destro, il en conclut que l’autisme « pourrait être associé à une difficulté à programmer les mouvements d’une manière cohérente, en utilisant des informations visuelles avancées […]. » (Dowd et al. 2012, 1540) Dans l’accomplissement de leurs mouvements, les personnes avec autisme prendraient en compte moins de paramètres que les personnes non-autistes. Leurs mouvements sont par conséquent moins nettement différenciés. Au lieu d’intentionnellement projeter une trajectoire du mouvement qui tiendrait compte des multiples paramètres nécessaires au mouvement pour atteindre son objectif, le corps intentionnel d’une personne avec autisme se satisfait d’un projet-de-mouvement (Bewegungsentwurf) a minima, c’est-à-dire extrêmement rudimentaire et généralisé. C’est seulement lorsque celui-ci échoue qu’elle est alors prête à l’adapter. C’est pour cela que les personnes avec autisme attestent d’une « structure de mouvement “morcelée” » (Dowd et al. 2012, 1540).

Cette même difficulté d’une intégration cohérente, prospective et dynamique des perceptions visuelles dans l’organisation et la planification des mouvements, a également été observée par Whyatt qui en parle en termes d’un trouble dans le « couplage perception-action (perception-action coupling) » (Whyatt et Craig 2013, 3). À l’occasion de l’expérience qui consiste à attraper une balle, Whyatt identifie dans l’autisme une difficulté à prospectivement contrôler le mouvement des mains en action. Pour qu’une balle puisse être attrapée, il est, en effet, nécessaire que le mouvement des mains s’adapte aux « dynamiques de l’objet mouvant » (Whyatt et Craig 2013, 3). Il faut prendre en compte des « paramètres spatiaux et temporels externes » (Whyatt et Craig 2013, 3) afin de les intégrer dans le corps moteur lui-même. Attraper une balle est, en cela, différent de son action opposée, à savoir, de la jeter. Tandis que l’action de jeter une balle est « majoritairement guidée intérieurement, les variables contextuelles externes étant stationnaires » (Whyatt et Craig 2013, 3), l’action d’attraper une balle, par contre, demande que le corps en action se laisse guider par le contexte externe. L’expérience de Whyatt montre que les personnes avec autisme éprouvent une incapacité « à adapter les caractéristiques temporelles de leurs mouvements aux contraintes spatiales externes » (Whyatt et Craig 2013, 3). Elles ont une « difficulté à utiliser les informations visuelles pour guider le mouvement » (Whyatt et Craig 2013, 3).

Nous pouvons en conclure que, dans l’autisme, a lieu une sorte d’« adaptation perceptive affaiblie » (Whyatt et Craig 2013, 3) au monde. Phénoménologiquement, celle-ci est à comprendre comme une dés-imbrication du monde et du corps au niveau des capacités sensorimotrices. Les mouvements du corps autistique ne sont plus insérés dans le milieu d’un monde où ils prendraient naissance de manière harmonieuse. Ils n’expriment plus que l’intention d’un sujet qui agit « malgré » son « monde », c’est-à-dire qui s’impose à lui plutôt qu’il n’agisse en harmonie avec lui. Tout est comme si, dans l’autisme, nous avions affaire à une sorte d’étanchéité du corps par rapport à son monde. Le corps autistique s’autonomise, il refuse de s’adapter aux contraintes du monde externe.

Mais il n’y a pas seulement une étanchéité entre le corps autistique et son monde. Dans l’autisme, le corps est également résistant aux tentatives du sujet, lequel essaye parfois, en vain, d’en prendre la maîtrise. Dans l’autisme, le corps est son propre absolu, il peut même agir contre la volonté du sujet et lui refuser la participation au monde. Sean Barron écrit ainsi que « l’homme en moi voulait sortir. Il voulait rompre avec le comportement dont il était l’esclave et qu’il ne pouvait pas changer. » (Barron et Barron 1994, 187) Un autre exemple d’un tel corps-prison nous est livré par Birger Sellin. Rédigeant un livre dont la traduction littérale du titre est Je ne veux plus être un dans-moi (ich will kein inmich mehr sein), Sellin (1993) parle d’un corps qui le prive de tout accès au monde et aux autres. Judy Endow, une autre personne avec autisme citée par Donnellan, explique, elle aussi, que « parfois ma parole est entravée, d’autres fois ma pensée et parfois même mes mouvements physiques. Le plus dur, c’est lorsque ma pensée ne fonctionne pas de manière harmonieuse. » (Donnellan et al. 2013, 2) De même que Sellin, Endow souffre donc d’un corps autonomisé qui semble décider, à lui seul, quand il permet au sujet de s’en servir.

Ce qui, visiblement, diffère, par rapport à l’expérience normale, c’est que les personnes avec autisme n’habitent pas intégralement leur propre corps et ses mouvements. Le corps autistique n’est pas entièrement subjectivé. Ceci s’exprime en premier lieu par un manque de donations kinesthésiques et préréflexives. Dans une étude récente, Torres a montré que les personnes avec autisme ont parfois du mal à distinguer un mouvement intentionnel d’un mouvement non intentionnel. Elles manquent d’un feed-back kinesthésique qui les renseigne sur l’origine de leurs propres mouvements. Torres en conclut que, dans l’autisme, « ces distorsions empêchent très probablement l’autonomie spontanée du corps, la conscience préréflexive du corps […]. » (Torres et al. 2013, 4) Selon elle, les personnes avec autisme souffrent d’une « proprioception bruyante, contingente et restreinte de leurs propres mouvements […] » (Torres et al. 2013, 19).

En accomplissant tel ou tel geste ou mouvement, les personnes avec autisme ne peuvent pas toujours savoir si celui-ci a son origine dans leur propre intention ou s’il n’est pas plutôt causé par des influences externes et contextuelles. En défaut de conscience préréflexive et kinesthésique, le corps autistique peine à offrir au sujet un point absolu de référence en fonction duquel il serait capable de distinguer un « mouvement d’apparence (Scheinbewegung) » d’un mouvement réel. Il serait non seulement incapable d’éliminer le sens objectif de certains « mouvements d’apparence », mais il pourrait, en plus, avoir des difficultés à insérer une certaine série d’images perceptives dans un ensemble de Gestalt plus large. Il serait, par conséquent, amené à réaliser ce dont nous avions auparavant nommé la petitio principii perceptive. Celle-ci consiste à illusoirement instituer une perception de l’aspect de l’objet en tant que l’objet lui-même. La personne avec autisme vivrait donc en un « monde » de faux objets où la distinction entre « l’apparence (Apparenz) » (= l’apparition du monde en images) et le sens objectif du monde n’est pas encore établie. En défaut de repères kinesthésiques absolus, le « monde » autistique sombrerait dans une relativité absolue qui n’indiquerait plus aucun ordre objectif.

8.7 Sensorialité

Il est assez fréquent que les personnes avec autisme ne parviennent pas à déchiffrer les expériences de leurs sens. Cette incapacité relève de deux ordres différents – deux scénarios d’une expérience sensorielle insensée. Les sens peuvent être hyper-réactifs ou hyporéactifs, c’est-à-dire soit ultrasensibles soit, au contraire, quasi insensibles. Hyper- et hyposensibilité constituent deux expressions d’un seul et même dérèglement sensoriel dans l’autisme. Elles sont pareillement répandues et il n’y a aucun motif permettant de déterminer a priori comment tel ou tel domaine sensoriel réagira à tel ou tel moment.

Bhat en vient même à énumérer trois différentes catégories de « désordres de la modulation sensorielle » (Bhat et al. 2011, 1120), lesquels, selon lui, « peuvent directement affecter les performances motrices » (Bhat et al. 2011, 1120). Les personnes avec autisme peuvent, premièrement, être « “sous-responsives” ou lentes dans leur réponse à une entrée sensorielle » (Bhat et al. 2011, 1121) ; elles peuvent, deuxièmement, être « “sur-responsives” (Bhat et al. 2011, 1121) à certaines perceptions et sensations » ; et, troisièmement, « elles peuvent elles-mêmes activement rechercher des stimulations sensorielles » (Bhat et al. 2011, 1121).

Souvent, en effet, les personnes avec autisme paraissent insensibles à la douleur et aux températures extrêmes du chaud et du froid. Il peut ainsi arriver que certaines zones du corps ne soient plus senties du tout et quittent l’ensemble du corps sensoriel. Ces formes d’hyposensibilité peuvent affecter tous les différents sens sans exception. Elles peuvent se manifester aussi bien dans le domaine de la vision que dans celui du tact, de l’audition, de l’olfaction, etc.

En ce qui concerne l’hypersensibilité, Donna Williams nous donne l’exemple de sa propre vision, laquelle devenait parfois si sensible qu’elle pouvait voir distinctement flotter les particules dans l’air :

Mon lit était comme enchâssé, totalement recouvert de taches minuscules que j’appelais des étoiles, comme une sorte de cercueil de verre à usage rituel et mystique. J’ai appris depuis qu’il y a effectivement des particules dans l’air. Seulement, ma vision était à ce point hypersensible que les particules que je percevais érigeaient un premier plan hypnotique qui faisait perdre tout son éclat et sa réalité au reste du « monde ». (Williams 1992, 28)

Temple Grandin parle du sens visuel comme du sens « le moins fiable » (Grandin 1997, 82) dans l’autisme. Elle se rapporte à l’expérience d’un certain nombre de personnes avec autisme qui peuvent soudainement devenir quasi « aveugles quand ils arrivent dans un endroit qu’elles ne connaissent pas » (Grandin 1997, 82). Tout peut devenir momentanément blanc, les sujets se voyant comme enveloppés par de la neige. Le fond du monde devient grisâtre « comme s’ils se branchaient sur une chaîne de télévision qui n’émet pas. » (Grandin 1997, 82) Grandin ajoute, à cela, que certains sujets peuvent distinctement voir le clignotement des lumières fluorescentes, lesquelles s’allument et s’éteignent soixante fois par seconde. Cette sensibilité au clignotement de la lumière peut donner l’impression que la pièce elle-même apparaît et disparaît rythmiquement2. Donna Williams, qui souffrait d’une telle sensibilité visuelle à la lumière fluorescente, remarque que sous de tels éclairages, « la pièce ressemblait à un dessin animé. » (Grandin 1997, 82)

Mais le sens visuel n’est pas le seul à pouvoir présenter une telle hypersensibilité. Le tact peut aussi être sujet à des dérèglements importants. Gerland nous livre l’exemple suivant :

J’avais les dents très sensibles, et dans la bouche, la consistance de certains aliments pouvait me paraître désagréable, comme une sensation qui me révoltait tout le corps. […] Parfois aussi, quand on l’effleurait, la surface des molaires réagissait incroyablement, de façon électrique et comme reliée à un point sensible de la nuque. (Gerland 2004, 16)

Grandin explique avoir eu une peau excessivement sensible. À tel point que, lorsqu’elle s’est lavée les cheveux, « la shampooing m’irritait en fait le cuir chevelu. C’était comme s’il y avait eu des dés à coudre au bout de chacun des doigts qui me frottaient la tête. » (Grandin 1997, 74) De telles hyperesthésies tactiles sont en effet assez fréquentes chez des personnes avec autisme. Il n’est donc point surprenant qu’elles inventent des stratégies « d’évitement à la moindre perspective du risque d’être touché. » (Caucal et Brunod 2010, 44)

Et la même hyperesthésie vaut pour l’audition. Grandin parle d’une personne avec autisme qui raconte que « le bruit de la pluie ressemblait à une série de coups de feu ; d’autres affirment qu’ils entendent le sang battre dans leurs veines ou le plus petit bruit dans une école. » (Grandin 1997, 79) Ceci est, en effet, problématique, car l’audition constitue également la sphère de la communication verbale. Williams explique que les gens avec lesquels elle parle doivent parfois répéter plusieurs fois ce qu’ils disent. Car elle entend les différents mots comme s’ils étaient réglés sur différents volumes sonores. « C’était un peu comme si quelqu’un jouait avec le réglage du volume sur la télévision » (Williams 1992, 105, traduction modifiée), explique-t-elle. Dans de telles situations, il peut en effet être très difficile de faire « abstraction du “bruit de fond” » (Caucal et Brunod 2010, 34). Pour un sujet avec une audition hyperesthésique, le monde devient « une masse de bruits confuse » (Grandin 1997, 77). Il risque de sombrer dans une cacophonie inaudible qui se surimprime sur les paroles d’autrui.

Mettant l’accent sur de telles hyperesthésies, certains chercheurs comme Markram ont parlé de l’autisme en termes d’un « Intense World Syndrome » (Markram et al. 2007, 78). La personne avec autisme vit certains aspects de son monde « de manière douloureusement intense et aversive », expliquent Markram et al. (2007, 78). Il entend par là une perception du monde chaotique et désordonnée. Les personnes avec autisme souffrants de tels dérèglements sensoriels se voient exposées à un véritable « bombardement de sensations » (Meltzer 2004, 28).

Mais la situation empire encore davantage lorsqu’il s’agit de faire communiquer plusieurs champs sensoriels entre eux. Donna Williams, par exemple, ne peut pas entendre quelqu’un parler et le regarder en même temps. Elle « ne se rend pas compte qu’un chat a sauté sur ses genoux si elle est en train de parler à un ami. » (Grandin 1997, 85) Elle dit avoir un fonctionnement sensoriel « mono channel » (Grandin 1997, 85) : elle ne peut pas appréhender le seul et même évènement par plusieurs sens à la fois. Comprendre un phénomène multisensoriel lui est donc, par définition, impossible. Ce n’est toujours que par un seul sens à la fois qu’elle parvient à s’ouvrir au monde. Lorsqu’elle l’essaie avec un second sens, l’un des deux se surimprime sur l’autre et l’efface. Or, cette incapacité à faire communiquer différents sens entre eux n’est, en fait, que le problème symétrique inverse des expériences synesthésiques excessives dont souffrent d’autres personnes avec autisme. Grandin rapporte le témoignage d’une personne autiste chez laquelle les différents sens ne cessent de s’interpénétrer, de se mélanger et d’entrer en fusion. En inversant strictement le problème de Williams, cette autre personne ne peut pas écouter et voir en même temps parce que les données d’un sens transitent immédiatement vers le domaine de l’autre : « le son ressemblait à une couleur, et une pression sur son visage produisait une sensation qui rappelait un son. » (Grandin 1997, 85)

Que ce soit donc par surimpression et effacement ou, au contraire, par interpénétration et synesthésie : dans les deux cas, les personnes avec autisme ont des difficultés à appréhender et à constituer un évènement multisensoriel. Dans l’autisme, les différents sens ne sont que faiblement organisés entre eux. Nous pouvons en conclure que le chaos sensoriel du monde autistique renvoie plus fondamentalement à un chaos intermodal du corps opérant. En l’absence d’une organisation interne, le corps autistique est ouvertement exposé au monde. Lorsqu’une rencontre sensorielle a lieu, il s’y abandonne sans retenue. Il ne peut s’ouvrir au monde qu’en y risquant sa propre dissolution. Le corps autistique est soit absolument ouvert, soit absolument fermé : soit il se donne au monde sans retenue, soit il s’enferme dans un cloisonnement sans ouverture. Il est incapable de cette tension absolument fondamentale qui constitue la clé de tout percevoir : à savoir, combiner l’ouverture synesthésique au monde, à la fermeture centripète d’une organisation distinctive entre les différents sens. Le corps autistique peine à introduire dans l’ouverture du monde, une structure et une organisation à soi qui lui permettrait de se reconnaître, lui-même, dans ce qu’il appréhende au dehors.

Notes en bas

  1. 1.

    Cette organisation bipolaire du tonus postural dans l’autisme a, en effet, des ressemblances avec la tonicité des nouveau-nés : « La tonicité de l’enfant est organisée d’une manière bipolaire : l’enfant est dans une hypertonicité lorsqu’il est en état de besoin et en hypotonicité en état de satisfaction des besoins. » (Scialom et al. 2011, 151)

  2. 2.

    Cf. : « L’éclairage fluorescent est à l’origine de problèmes importants chez un grand nombre d’autistes, parce qu’ils perçoivent les soixante clignotements de l’éclairage électrique qui s’allument et s’éteignent soixante fois par seconde. Ce clignotement peut expliquer l’apparition de troubles, qui vont d’une fatigue oculaire excessive à la perception des changements de lumière de la pièce qui s’éclaire et s’obscurcit sans cesse. » (Grandin 1997, 82)

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Authors and Affiliations

  • Till Grohmann
    • 1
  1. 1.Philosophisches SeminarBergische Universität WuppertalWuppertalGermany

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